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Les faits : Sithiu, an 959

Soudain des gémissements, des sanglots éclatent de toutes parts dans les rues. Une terreur panique se répand dans les divers quartiers de la ville. De sinistres présages ont épouvanté les paisibles habitants. Quel est donc le sujet de si vives alarmes ?

C'est l'apparition subite de petites croix couleur de sang sur leurs vêtements. A la même époque, une épidémie se répand dans la ville ( lèpre ). La peur était telle, racontent les chroniqueurs, que ce n'était partout, dans les rues, que plaintes et que gémissements.

Les notabilités ecclésiastiques ( l'évêque de Thérouanne, l'abbé de Saint-Bertin et le prévôt de Notre-Dame ) se réunissent immédiatement, et tiennent conseil sur cet accident singulier. On décide que l'on fera tous ses efforts pour détourner, par des prières publiques, la calamité dont on est menacé. Un jeûne et une procession générale sont ordonnés.

La cérémonie importante à laquelle la population des environs est convoquée, s'exécute avec toute la magnificence possible. Les reliques nombreuses dont la ville est en possession y sont portées avec vénération.

Arnoul Ier, comte de Flandre qui venait de se retirer en l'abbaye de Saint-Bertin pour laisser le pouvoir à son fils Baudouin III (mais aussi sans doute, dans l'espoir de se faire pardonner, comme il était souvent d'usage au moyen-âge, ses nombreux péchés comme l'assassinat de Guillaume-Longue-Epée, duc de Normandie) les accompagne, suivi de sa famille et d'une cour brillante...

La procession à son retour s'arrête à l'extrémité de la rue haute de Saint-Bertin. L'évêque de Thérouanne monte dans une chaire richement ornée et dressée contre les maisons qui font face à cette longue rue. Il exhorte la foule immense qui se presse pour l'entendre, à porter patiemment les croix qu'il plaît au ciel d'envoyer.

Les croix rouges disparurent à jamais car les historiens n'en parlèrent plus.

D'après le récit de Hector Piers ( Variétés historiques sur la ville de Saint-Omer )


Que s'est-il passé ensuite ?

L'évêque de Thérouanne qui avait prêché le sermon et quelque temps après l'abbé de Saint-Bertin moururent de maladie. Arnoul Ier, épouvanté de la maladie qui se répand partout, quitte Saint-Omer avec toute sa famille.
En 960, son épouse, Alix ou Adèle de Vermandois, bienfaitrice de l'abbaye de Saint-Bertin succombe à Bruges.
Le jeune comte Baudouin III meurt l'année suivante ( à Bergues et de la variole ) après seulement 3 ans de pouvoir, obligeant son père à reprendre le comté en main.
Arnoul Ier dit Arnoul le Vieux, mourra le 27 mars 964 de la maladie de la pierre ( calcul ).

On érigera en ce lieu même et vraisemblement au 14ème, une croix de pierre, et on lui donnera le nom de Belle-Croix ( la Belle-Croix est connue en 1426 selon les archives de la ville ), mais il n'est pas confirmé que l'origine de cette Belle-Croix ait un rapport avec cette manifestation de 959.

La maison où le discours fut prononcé fut nommée autrefois la Maison du Sermon par son propriétaire sans doute pour rappeler cet évènement mais il n'est pas sûr que ce sermon fût prononcé à cet endroit précis ( d'après Folquin, à la limite des monastères d'en-haut et d'en-bas ).


D'autres pluies de sang :

  Grégoire de Tours rapporte que, vers la fin du 10 è siècle, une pluie de sang tomba aussi dans le mois de janvier, en plusieurs endroits de Paris, sur les vêtements des habitants qui en eurent horreur, et que ce prodige qui alors se renouvela, était un funeste avertissement de maladies contagieuses.

  En cette année (1501), il tomba du ciel en plusieurs endroits de nos Pays-Bas et Allemagne, des croix de diverses couleurs sur les accoutrements tant des hommes que des femmes dont depuis advint grand mortalité et moururent plusieurs milliers de personnes lesquelles avaient été atteintes des dites croix. ( Manuscrit du 16ème siècle )

  à Troyes ( récit sur une plaquette imprimée ci-contre ) :

  Relation d’évènements prodigieux ( pluie de sang, apparitions dans le ciel…) observés en Italie en août 1608.


Alors châtiment divin ou phénomène naturel ?

Pas de manifestion d'une colère divine. Ces pluies de sang sont des phénomènes tout à fait naturels, mais exceptionnels et d'origines diverses, mais que la science explique bien de nos jours.

Oxyde de fer :

Ces pluies d'une teinte rougeâtre sont parfois causées par des particules de poussière contenant de l'oxyde de fer qui sont captées par les gouttes de pluie.

Grains de pollen

Le 7 mai 1810, en Transylvanie, une pluie couleur sang tomba pendant une demi-heure. Elle fut analysée par d'habiles chimistes qui pensèrent que le principe colorant de cette eau appartenait au règne végétal.

Excréments de papillons

Au début du 17 ème, Peiresc, dans une affaire de pluie de sang, attribua l'origine des taches rouges observées, à des excréments de papillons qui volaient par myriades à proximité des lieux tachés.

Du sable du Sahara transporté transporté par des courants ascendants

Vendredi 2 mai 1947, vers 10 heures du matin, une pluie de boue, dite pluie de sang, s’est abattue sur le département de l’Yonne. D'après les observations, il s'agirait de deux dépressions successives, venant du désert africain, ayant apporté avec elles une grande quantité de poussières. Entraînées par les courants ascendants dans la haute atmosphère, elles franchirent la Méditerranée puis se joignirent peu à peu aux condensations en abordant le continent.
Les précipitations boueuses commencèrent à Marignane, Grenoble, Vichy puis l'Yonne. Notons que des phénomènes semblables à celui de 1947 ont doré le village début août 1980, fin juillet 1990 et fin janvier 1997.